Désacralisons les pôlarités!
Le titre peut surprendre, mais attendez, respirez ! Il ne s’agit pas de nier le sacré, ni d’en contester la nécessité ou l’existence… Ne faisons pas de malaise collectif tout de suite ! Lisons la suite…
Il s’agirait plutôt d’interroger une tendance contemporaine qui consiste à sacraliser des notions que nous ne comprenons pas toujours, ou pas forcément, ou peut-être « plus du tout » — et notamment celles de masculin et de féminin (étrangement, alors que nous en sommes les premiers concernés). Même si, au passage, on pourrait d’abord questionner la nécessité de sacraliser cette histoire, mais… Bref !
De la confusion à la sacralisation, il semble n’y avoir qu’un pas…
Nous pouvons sans problème je pense partir d’un constat simple : il existe des différences entre les hommes et les femmes, biologiques, certes. Mais aussi, dans une certaine mesure, psychologiques et symboliques. On le voit partout dans l’histoire et dans la mythologie, mais aussi dans les ménages ou en coin-de-bar avec nos fameuses tirades « oui, mais bon… Vous les hommes ! » (Qui au passage fonctionne aussi avec « vous les femmes »…)
Cela semble être un constat très ancien (voire même plus !) qui a longtemps et souvent été exploré à travers les mythes, les traditions ou les systèmes symboliques et courant de pensées.
Mais aujourd’hui, ces repères semblent à la fois rejetés… et remplacés par une nouvelle forme de discours, plus diffus, où les polarités deviennent des objets de quête randomisée, avec un objectif considéré comme de l’élévation spirituelle, alors qu’une base même de compréhension semble manquer ou être mélangée…
On ne cherche plus seulement à comprendre le masculin et le féminin… On cherche à les “activer”, à les “honorer”, à les “sacraliser”. Aaaaaah !
Or, sacraliser suppose de connaître ce que l’on élève. Et quand on y regarde de plus prêt, c’est certainement là que le flou commence.
Le glissement du sens
Prenons un exemple simple : l’expression souvent entendue selon laquelle le masculin devrait “s’autoriser à pleurer” lors de sa ”sacralisation”. L’intention est compréhensible dans le sens de vouloir réhabiliter une expression émotionnelle refoulée de manière peut-être un peu maladroite.
Mais quand on y pense, en quoi le fait de pleurer constitue-t-il en soi, une avancée spirituelle ? Ou un signe de compréhension de la conscience universelle ?
Pourquoi ce geste, profondément humain, deviendrait-il le signe d’un éveil ou d’un réalignement ?
À force de vouloir redonner une place à ce qui a été réprimé, nous risquons d’en modifier sa nature même en le chargeant d’une valeur qu’il ne porte pas nécessairement… Non, pleurer ne donne pas accès à la sacralisation. Désolé, mais rien à voir… C’est soulageant, parfois nécessaire voire même incontrôlable, et on peut se sentir plus ”libre” dans notre expression, on peut se sentir heureux de ”s’autoriser” l’expression de nos besoins, mais cela n’est pas forcément lié à une forme d’élévation quelconque…
Polarités et structures symboliques
Les traditions anciennes proposaient une lecture plus structurée des polarités. Non pas comme des identités figées, mais comme des principes :
- le féminin, souvent associé au temps, aux cycles, à l’intériorité, à la matière, à la réceptivité, la fluidité, etc…
- le masculin, associé à l’espace, à l’action, à la direction, à la forme, à la structure, la droiture…
Ces correspondances ne disent pas ce qu’un individu ”doit être” de manière automatique. Elles décrivent des dynamiques, des orientations possibles de nos énergies et de la conscience dans les grandes lignes, faisant office de base de lecture et de compréhension.
Reprenant les 2 points ci-dessus en image, imaginons un tuyau d’arrosage où le tuyau serait l’énergie masculine, et l’eau circulant à l’intérieur, l’énergie féminine. L’eau arrivant à un endroit : le résultat de la collaboration de ces 2 polarités. On peut aussi faire le parallèle avec les concepts de Chaos (matière de base désordonnée, terreau), Theos (impulsion, ordre) et Cosmos (le monde manifesté d’une cohésion de la matière par des lois).
Encore une fois, reconnaître ces polarités et leurs différences ne revient pas à les enfermer, mais à rendre plus lisible et clair la nature de chacune. Et même si, oui, il peut y avoir des variations, il n’en reste cependant pas moins important de percevoir un principe pour ce qu’il est, sans se mélanger à un autre (comme dans le Yin-Yang par exemple).
Il s’agirait de ne pas confondre répression et orientation volontaire.
Si l’on reste sous cette perspective, certaines injonctions sociales, même maladroites, peuvent être donc relues tout à fait autrement, plutôt que comme une arme de répression massive qu’on chercherait alors à éradiquer, et ce, encore plus maladroitement…
Dire qu’un homme ne devrait pas pleurer n’est pas nécessairement une négation de son émotion. Cela peut traduire, de manière déformée, une attente particulière envers le masculin dans ce qu’il peut apporter au monde : celle de maintenir une direction, de ne pas se laisser dissoudre dans l’affect, et ainsi cheminer vers lucidité, droiture et force intérieure pour maintenir la cohésion des choses, offrir sécurité et paix pour le clan (comme pourrait le souhaiter les Druides).
Autrement dit encore, non pas refuser de ressentir, mais éviter de se perdre dans l’immensité des océans chaotiques de l’émotion…
En miroir, le féminin n’est pas une « simple » immersion dans l’émotion, mais une capacité à habiter cette caractéristique forte et profonde, et à y naviguer sans y disparaître, car c’est clairement son élément constitutif.
Une cohabitation asymétrique touche les humains… Car ces deux polarités traversent chaque individu, mais leur présence n’implique pas une répartition égale. L’équilibre dont il est question n’est pas une symétrie parfaite, mais une justesse fine. On parlera plutôt d’équité. Tension dynamique, dans laquelle certaines tendances dominent, tandis que d’autres viennent nuancer, soutenir ou corriger.
Chercher une égalité parfaite entre ces pôles reviendrait à nier leur fonction même : introduire du contraste, de la complémentarité et donc, du mouvement et de la vie.
Le risque de l’évitement
Dès lors, le problème n’est pas tant l’existence de ces polarités, ni même leur valorisation.
Le problème apparaît lorsque leur sacralisation devient un substitut à la compréhension, ou un moyen d’éviter l’exigence du travail sur soi qu’implique la notion d’évolution. Un palliatif à un vide métaphysique, à un manque profond de sens, ou encore une confusion dans notre propre chemin à suivre… La sacralisation offre une pseudo réconciliation avec ces parts de nous qui n’osent pas se regarder en face. Ce n’est pas une généralité, mais depuis le point de vue des plus grands courants philosophiques du monde, on est en droit de mettre ce travail en doute…
Car il est plus confortable de se dire “aligné avec son féminin” ou “réconcilié avec son masculin” que d’interroger concrètement ses réactions, ses limites, ses contradictions, ses dérives ou que sais-je… et d’y faire face intelligemment après une étude attentive sur les mécanismes qui nous constituent et une observation de soi lucide (et je le redis, je ne me sens pas du tout exclu au processus ! Bien au contraire…)
Donc,
Le masculin et le féminin ne sont pas des statuts aléatoires à atteindre, ni des emblèmes à afficher pour briller en société, ou encore faussement se réconcilier avec un soi-même qui nous dérange…
Ce sont des principes à comprendre. Des dynamiques à observer. Des énergies à intégrer. Ils sont exigeants, pointus… Et à l’aube de l’exactitude de notre correspondance à leur nature, alors nous pourrons humblement toucher du bout du doigt, ce que l’esprit tente de reconquérir derrière tout ça : la Vérité.
Et leur valeur ne réside pas dans l’aura que nous leur prêtons, mais dans l’appréhension juste et la compréhension subtile que nous en avons…
Ce sera certainement l’un des meilleurs moyens que de véritablement rendre sacrées nos polarités !
À la loupe...
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