Comment savoir si une pensée est vraiment la mienne ?

Quand j’y pense, je trouve cette question très intéressante, pas vous ? (Question qui a été posée récemment à un fameux youtubeur philosophe français) Mais PAF ! faisons alors dès maintenant une hypothèse : ne serait-ce pas une question qui soulève très probablement un souci d’authenticité, voire d’autonomie de la pensée ? Dans le sens où, ici le questionnant se préoccupe du fait que ce soit « la sienne » et non pas celle de quelqu’un d’autre, plus que de sa qualité ou de son sens par exemple… 

« Vraiment » ? En utilisant ce genre d’adverbe, cela indique aussi être une quête profonde mettant en doute le fait que ce soit possible… Mais également ouvrir à envisager que ça ne le soit pas ?! 
Mais commençons par un petit exercice… Si nous fermons les yeux, assis confortablement sur notre canapé. Et que, soudainement, nous nous laissâmes bercer par ce qui nous traverse l’esprit (pour ne pas encore parler de « pensées »)… Flottant de-ci de-là entre différentes images, différentes émotions ; nous faisons alors différents voyages ! des voyages qui se passent bien entre nos deux oreilles non ? Alors donc, pourrions-nous à ce stade douter que ce n’est « vraiment » pas notre propre pensée si c’est nous-mêmes qui la vivons par nous-mêmes ?

En même temps… Regardons aussi :
Est-il véritablement possible d’avoir une pensée tellement isolée qu’elle puisse n’appartenir qu’à nous ? Sachant que, dès la base, quand on y pense, c’est grâce à la pensée des autres que nous apprenons à construire la nôtre ? Que nous commençons à parler et à nous façonner ?
Or déjà, ici, il peut y avoir une forme de problème ; le fait que de base nous nous construisons sur un mode de pensée extérieur (majoritairement celui de nos parents). Est-ce que cela nous rend pour autant dépendant jusqu’à la fin de nos jours d’une pensée extérieure ? 

Ce que l’on pourrait d’ores et déjà dire, c’est que notre pensée est somme toute dépendante des circonstances extérieures… Mais aussi de notre façon de voir les choses, de juger les évènements par rapport à nos valeurs, à nos croyances, à nos besoins… Ce que je veux dire : la production de pensées dépend en grande partie de cela ; nous réagissons à un évènement extérieur depuis notre propre construction intérieure, et produisons des idées, des paroles et des actes en fonction de celle-ci.

Mais pour en revenir à la question de s’assurer que « ma pensée est bien la mienne », on peut considérer que si je réagis seul face à une circonstance, les pensées qui en découlent, même si elles naissent de la conséquence de ma construction qui elle vient de l’extérieur, c’est alors de toute façon ma pensée… Puisque je ne vais pas aller remplacer mon cerveau par celui du voisin dans une situation que je vis par moi-même. En revanche, peut se poser une autre question : si ce que je pense est vraiment ce que je pense ?

Ah… Quoi ? Heuuuu… Attends voir !

Il peut nous arriver que, plutôt que d’exprimer le fond de notre pensée ou d’exprimer la pensée qui est au fond de nous-mêmes (semblable ?), nous cherchions ou construisions sur place une autre pensée qui correspondrait à une nécessité de s’adapter ou de se confondre, plus qu’à l’expression d’une pensée propre. En gros pour faire simple, on va, dans ce cas, privilégier une autre manière de penser plutôt que notre propre manière de penser… 
Donc, si on résume un peu, cela sous-entend que la pensée sera bien la mienne car c’est mon cerveau qui la produit, mais la référence et son sens (ou sa direction, sa nature, etc…) ne correspondra pas à ma propre façon de voir les choses, produisant instantanément un autre chemin basé sur d’autres références (ce que l’autre attend, ce qu’il est plus juste de penser, ou autres raisons…)

Finalement dans un sens, comment savoir si une pensée est la mienne ? Peut-être en conscientisant s’il y a un processus de déviation qui nous fait dire, non pas ce que l’on pense, mais ce qu’il faudrait que l’on pense, ou ce qu’on estime préférable de penser parce que notre pensée au fond ne serait jugée pas si bonne… Si l’on se voit citer sans cesse des passages d’un livre, ou répéter les paroles d’autrui, sans finalement exprimer plutôt ce que l’on a soi-même à l’intérieur, alors on peut envisager que « ma pensée n’est pas la mienne ». (On ne revient pas sur le fait qu’il peut être bon ou non de suivre les enseignements de quelqu’un… attention !)

Bon, mais vous êtes toujours là ? super… alors continuons, car il y a un second lieu.

Et donc en ce second lieu, on peut se demander si la personne qui pose cette question peut se voir apeurée de ne pas être capable de penser par elle-même ! Mais finalement, que nous soyons dépendants d’un quelconque mode de pensée extérieur, ou au clair avec notre mode de pensée propre, nous ne cesserons jamais de produire de la pensée par nos propres moyens, par notre énergie propre également ; et nous en serons aussi le vecteur physique et émotionnel (donc pour l’extérieur, cela peut être perçu comme « notre pensée »). En cela, l’auteur de la question (et vous si vous en êtes) pourrait déjà être partiellement rassuré !
Dès lors, la suite concerne plutôt la correspondance d’une pensée à notre vision propre des choses ; est-ce que la pensée que je pense est vraiment celle que je pense ? Celle qui est déjà mienne et correspond à ma propre identité ? (Objective ou subjective) Où est-ce une adhésion à la pensée de quelqu’un d’autre pour quelconque raison ?

Ensuite on pourrait lui (ou vous) demander en quoi adhérer à la pensée de quelqu’un d’autre pourrait être problématique, et que de s’approprier une pensée qui n’est pas la nôtre pourrait être problématique… (Dans le cas d’un souci d’appartenance)
Ce qui peut paraître d’ailleurs assez rigolo, et nous l’avons effleuré tantôt, c’est que nous passons beaucoup de temps à nous inspirer de la pensée des autres pour générer une nouvelle pensée qui nous est propre… Non ? Cette fameuse citation, une phrase, un texte, une discussion avec un ami, le conseil de notre grand-mère… Finalement, nous passons beaucoup de temps à enrichir notre pensée grâce à celle des autres. Et par la suite, adhérent ou non à la pensée de l’autre, on recompose notre propre pensée… La faisons grandir, mûrir ou mourir au profit d’une autre ! 
Mais il est vrai que, très souvent en quête de nous-mêmes, nous sommes en quête de notre propre système de pensées, de vie, notre propre vérité… Une pensée qui correspondrait particulièrement et singulièrement à qui nous sommes. Et qui, même si elle est inspirée d’autres personnes, reste tout de même très singulière.

C’est peut-être dans cette quête d’identité, qu’il nous apparaît important de savoir ce qui nous appartient précisément de ce qui ne nous appartient pas… Irait-ce jusqu’à un besoin de légende personnelle ? Où nous pourrions clamer notre réalité singulière comme une réalité universelle ? Je glisse ici sur un autre terrain… Observant en parallèle combien il est difficile de se séparer de la pensée de l’autre. Et que l’on peut même se convaincre parfois que la pensée de l’autre n’est pas influente dans la nôtre, alors que je peux créer une pensée propre visant à ce que cet autre me comprenne et me reconnaisse. Ça arrive !

En définitive, je produis une pensée qui m’est propre mais qui ne peut pas appartenir qu’à moi seul… En revanche, à moi seul de savoir si ma pensée est le reflet de ce que je choisis d’être, le reflet non pas uniquement d’une « Bonne manière de penser », mais celui de ce qui correspond à un chemin et à des valeurs propres, sans souci de correspondance démesurée à l’extérieur. Délicate balance dans l’interaction entre ma singularité et mon appartenance au monde extérieur… Entre le sens commun et le fait d’être tous des individus différents…

Bref, finalement, quand j’y pense, quelle histoire !